L’Islam français à la recherche de sa réforme -Ijtihad

DIALOGUE PORTANT SUR :

L’Islam français à la recherche de sa réforme -Ijtihad

 

C’est un athée/ agnostique, fils du Siècle des Lumière et de la culture française qui réagit ici à son Ami d’enfance Gérard Maarek qui, dans un essai sur « Islam, une interprétation psychanalytique » écrivait en conclusion :

« On aimerait que le monde libre prenne la mesure du défi et se mobilise avec la même détermination qui lui a permis de venir à bout successivement du fascisme et du communisme. Sans la volonté de gagner cette guerre des idées, sans le désir profond de ne pas se soumettre, l’Islam pourrait bien devenir une illusion pleine d’avenir. »

 

En guise de réponse Gérard Fellous écrit

 

Comme les deux autres religions monothéistes (le Bouddhisme étant une philosophie et pas une religion), l’Islam - issue tardivement des deux précédentes- fait fondamentalement appel à une « transcendance » qui implique, comme le judaïsme et le christianisme, une « soumission ».

 

Les trois monothéismes ont prospéré sur « la peur « et « l’ignorance » des individus et des peuples qui n’avaient pas de réponses aux « mystères » du monde- D’où venons-nous ? Où allons-nous ? …. Comment vivre ensemble, en groupe-société ?

 

**Si ces 3 religions ont fait appel à des « rites », et pour la catholique à des hiérarchies (les Sachants de l’Eglise) ce n’est pas seulement pour « réactiver en permanence les croyances », mais pour les faire vivre dans l’obéissance-domination, excluant le libre-arbitre (Voir le judaïsme).

 

Mais l’apport prospectif de ces religions est dans l’édiction de « valeurs morales » pour construire sa vie et vivre en commun. Le Siècle des Lumières, la Déclaration universelle des droits de l’homme et les très nombreux instruments internationaux, les ont récupérées et recyclées, pour mettre en place des valeurs laïques sur lesquelles nos Etats démocratiques et la communauté internationale vivent aujourd’hui.

 

** Alors, concernant l’Islam, tout comme le christianisme en son temps (les Croisades, l’expulsion des juifs par Isabelle la catholique…), ils préconisent, dans leurs extrêmes, un « choc des civilisations » théorisé par Samuel Huntington, pour le XXIe. siècle. (Voir sa polémique avec Françis Fukuyama)

Notre siècle qui débute se placerait, dans toutes les régions du monde, et toutes les sociétés, sous le signe du retour à la spiritualité face à une mondialisation libérale hyper-matérialiste et individualiste.

 

**Sur le fond, l’Islam, 13 siècles après sa naissance, se distingue des deux autres croyances sur plusieurs points évolutifs :

-L’Islam de la Oumma ne fait pas encore unanimement de distinction entre le Politique (organisation de la cité) et la Loi transcendantale (Charria), d’où sa difficulté d’acclimatation à la Démocratie, à la laïcité et à la mondialisation.

-Pour une grande part, la Oumma n’a pas une expérience de « religion minoritaire » dans un pays ou une région. Mais sa Diaspora l’apprend bien vite, en s’adaptant en une ou deux générations.

-Tout comme elle apprendra l’adhésion religieuse individualiste, et non plus collectiviste (théocratique).

-Les exécutions, lapidations, crucifixions de l’islam wahhabite ou salafiste n’ont rien à envier aux mœurs religieuses de la France du grand Roi Louis XVI, fils de l’Eglise, qui fit décapiter, crucifier, bruler le jeune Chevalier de La Barre qui ne s’était pas découvert au passage d’une procession.

Souvenons-nous également aujourd’hui de l’exécution, au nom de Dieu, d’un Premier ministre israélien (une première mondiale) par un extrémiste religieux juif.

Une Réforme théologique en gestation, l’Ijtihad 

 Contrairement au catholicisme qui a fait sa Réforme (éclatement en plusieurs courants dont le protestantisme),

 et au Judaïsme, depuis la destruction du Second Temple et la disparition du rôle des prêtres (cohanimes),

l’Islam est à la recherche d’une réforme théologique.

 

Ma conviction (voir mon dernier ouvrage : A la recherche d’un islam de France- L’Harmattan) est que : C’est dans la diaspora musulmane, et particulièrement en France- que l’Ijtihad pourrait voir le jour.

 

La dernière tentative de Nahda (Renaissance arabe) a eu lieu à la fin du XIXe siècle, renouant avec le Moyen Age au cours duquel, dans le monde musulman, prévalait une vraie culture du débat, en application d’un hadith qui enseignait que « les divergences entre les savants sont une miséricorde divine ». Mais, souligne l’islamologue Pierre Lory, à partir du XIV siècle, l’islam a connu une « rigidification » excluant toute pluralité au sein de la communauté musulmane.

 

Dans le même temps, les rabbins et les commentateurs juifs, jusqu’à aujourd’hui, sont passés maitres de « l’interprétation » approfondissant dans leurs commentaires le sens littéral des « textes sacrés ».

 

Dans les viviers de leur Diaspora, des intellectuels arabo-musulmans prennent le relai qui s’interrogeaient : Faut-il réformer la Foi -Ibada, ou seulement la pratique -mu’amala :  

L’égyptien Ali Abderraziq (Dans « Islam et fondement du pouvoir ») a repris la Nahda au XXe. Siècle, suivi de Mohammad Abduh.

En France, dans la tradition dialectique d’Ibn Khaldoun (1332-1406) qui suggérait la prééminence du « réel » sur la puissance de « la norme », des intellectuels comme Abdenour Bidar, Malek Chebel, Abdelwahab Meddeb, Ghaleb Benscheikh, Tahar Ben Jelloun, Soheib Bencheik s’efforcent d’apporter des réponses.

 

**Reste le danger de l’instrumentalisation politique de ces recherches spirituelles, par les Extrêmes-Droites populistes de France, d’Europe et d’ailleurs :

 

Lier la montée des religions à un danger venant de « populations immigrés » est une perversion intellectuelle, un « faux fuyant » utilisant la technique dénoncée par la Bible du « bouc émissaire ». Hitler l’a mise en application au détriment de six millions de Juifs accusés d’avoir « des cerveaux porteurs de croyance… »

 

D’un point de vue psychanalytique -qui n’a pourtant jamais envisagé des comportements de groupes ou de société, mais des comportement individuels), les peurs, caractéristiques des sociétés vieillissantes en déclin, sont les ennemies de la Raison. Elles ouvrent les portes de la faiblesse, de l’abdication et de l’aveuglement totalitaire.

Puisse l’Intelligence des individus et des peuples nous en épargner les méfaits

 

Paris 08-01-2016